Interview d’Emmanuelle à Saint-Jérôme (Canada)

 

Emmanuelle Royer aux manettes

Emmanuelle aux manettes

 

Qui êtes-vous et qu’est-ce qui vous a amenée au Canada ?

Je suis un produit hybride de la Lorraine et de la Bourgogne pour mes origines. Profil littéraire confirmé : je suis tombée dans les langues assez tôt, notamment dans l’anglais et l’allemand durant mes études secondaires et universitaires à Nancy et à Dijon (puis l’italien, pour le fun comme disent les Québécois). Après avoir travaillé à Paris, j’ai immigré une première fois dans le sud de la France, près d’Avignon, où j’ai vécu pendant 15 ans. Une conjonction de divers facteurs familiaux a contribué à la finalisation de notre projet d’immigration au Canada (avec mon conjoint et nos deux enfants, alors âgés de 10 et 12 ans). L’idée a germé en 2003, nous avons effectué des échanges de maisons avec des Québécois, durant les étés 2004 et 2005, pour tester la vie en conditions réelles (très efficace, je le recommande). En septembre 2005, nous remplissions notre dossier pour obtenir le CSQ (Certificat de sélection du Québec) et les nombreux documents nécessaires pour le fédéral (gouvernement du Canada). Nous avons officiellement immigré le 15 avril 2007. C’est donc un projet qui se mûrit et qui demande du temps, une fois la décision prise, sur le plan des démarches administratives.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez dû faire face lors de votre installation et depuis que vous vivez au Québec ?

Montréal vue du Mont-Royal

Montréal vue du Mont-Royal

L’aspect « reconnaissance des diplômes » entre les 2 pays est toujours problématique, même si les gouvernements du Québec et de la France disent avoir cheminé conjointement en ce sens. Trouver du travail n’est pas si simple, surtout en région, malgré un discours des services de l’immigration vantant les mérites de celle-ci aux nouveaux arrivants. La diversité des secteurs d’activité y est très inégale. À l’image de Paris, Montréal agit comme un aimant auprès des entreprises et industries du Québec qui s’implantent ou ont des bureaux dans la métropole. L’offre d’emploi y est donc assez concentrée (quantité et diversité).

Avec votre expérience, quels conseils donneriez-vous à un(e) Français(e) qui souhaite venir s’installer au Québec ?

Parc Rivière du Nord à 5 minutes de chez moi

Parc de la Rivière du nord 

Je vis à environ 50 km au nord de Montréal, dans la région des Laurentides.
Premier impératif, en tout cas pour cette métropole et sa banlieue élargie : l’anglais. Même si la langue française est très présente, sur le plan du travail et du quotidien, les postes intéressants et évolutifs requièrent l’anglais. Le Québec est fondé sur une double communauté et le bilinguisme est une richesse, alors les Français ont tout intérêt à faire les efforts nécessaires pour s’imposer dans les deux langues.

Le Québec, province du Canada, est avant tout en Amérique du Nord. Même si on a accès à de multiples produits français et européens, le rythme de vie, la façon de vivre, les infrastructures, les habitudes et les gens sont nord-américains. En ce début de XXIe siècle, les Québécois sont des cousins éloignés plutôt que germains. Par contre, ils sont accueillants et moins compliqués que les Français.

Qu’est-ce qui vous a le plus agréablement surpris au Canada, et plus particulièrement dans les Laurentides ?

Sublime Charlevoix_Ste-Irénée _fleuve St-Laurent

Sublime Charlevoix (à Ste-Irénée) et fleuve Saint-Laurent au loin

La nature est généreuse avec de grands espaces où l’on peut se retrouver relativement seul. Cela procure un sentiment de liberté et il flotte une sorte de tranquillité ambiante et apaisante (la notion d’insécurité ne prédomine pas, comme en France). Même si le climat est rude, les saisons sont marquées, la plus magnifique d’entre elles étant l’automne flamboyant, selon moi, surtout dans les Laurentides, le Charlevoix ou les Cantons de l’Est.
Mais, la magie de l’hiver opère toujours, surtout durant les fêtes de fin d’année, le fameux Noël blanc (White Christmas), notamment à Saint-Sauveur-des-Monts, station de ski dont les pentes sont illuminées pour les skieurs de nuit.

Un énorme avantage du Québec touche la formation et la possibilité de se recycler ou de reprendre des études, à tout âge et à tout moment. L’offre en matière d’études est assez variée et les formats aussi. La flexibilité des horaires et des cursus facilite grandement la vie, notamment pour financer ses études tout en continuant à travailler. J’ai bénéficié du système pour réactualiser mes connaissances linguistiques et les adapter aux exigences du français et de l’anglais nord-américains : j’ai effectué un certificat de traduction anglais-français en ligne (10 cours, soit 30 unités de valeur) avec l’Université de Saint-Boniface (Manitoba). Une grande richesse et les efforts pour préserver la langue française sont réels dans les milieux cultivés ou universitaires francophones. Le meilleur exemple : l’Office québécois de la langue française (OQLF) qui est une sorte d’Académie française québécoise, mais en plus dynamique et interactive.

Pouvez-vous nous parler de votre projet ?

Le blogue Abécédaire insolite, T pour tuque

Mon blogue Abécédaire insolite, T pour tuque

Ayant toujours baigné dans les langues et les mots, l’idée d’écrire est une sorte de leitmotiv chez moi. Jusqu’à maintenant, je le faisais au travers de mes activités de traductrice et réviseure pour des clients ou employeurs. Mais mon rêve, c’est d’écrire de la fiction, des contes, des nouvelles pour petits et grands et d’être publiée un jour. En attendant, je fais mes gammes et l’idée d’Abécédaire insolite est partie d’une discussion avec un ami spécialiste du Web qui me conseillait de créer un blogue dans l’optique d’en faire un livre par la suite. Pourquoi sous forme d’abécédaire ? J’ai toujours été étonnée par la richesse de ces livres, souvent des imagiers pour enfants, qui allient mot et illustration. Au travers d’une définition apparemment simple, l’abécédaire sollicite activement l’imaginaire du lecteur, notamment par les dessins souvent très léchés. Il ouvre les horizons du lecteur et aiguise son appétit de découverte. C’est une introduction à un monde extraordinaire, l’entrée dans un univers où apprentissage et imaginaire coexistent de manière infinie. La curiosité, la créativité, l’humour et l’ingéniosité déployés dans ces imagiers, quels que soient leur forme et leur format, sont une invitation au voyage. Les mots ont un pouvoir, celui de nous transporter vers d’autres horizons et de nous faire rêver. L’écrivain et académicien d’origine haïtienne, Dany Laferrière, souligne d’ailleurs la richesse et l’importance des mots de la francophonie, plus de 30 000 mots, dont beaucoup sont inutilisés, voire oubliés. Ce Québécois d’adoption exhorte les élites intellectuelles et autres défenseurs de la langue de Molière à « réveiller ces mots qui pleurent et qui doivent être entendus, parce que chacun de ces mots a une histoire à travers le temps » et que, selon lui, il est du devoir de ces élites de les faire entendre.

Mon blogue Abécédaire insolite est animé du même esprit : libérer les mots des oubliettes du français moderne, souvent oublieux de ses racines, en les exposant à la lumière de chaque lettre de l’alphabet. Entraîner l’internaute curieux, l’élève studieux, le professeur imaginatif ou le lecteur passionné dans un périple à travers ses lettres et les mots qui illustrent chacune d’entre elles, au travers d’un pas de deux illustré d’anecdotes et d’images, voilà la modeste ambition d’Abécédaire insolite. La rédaction est importante, mais l’aspect infographique également : j’illustre mes chroniques par des visuels originaux et esthétiques (pour capter l’attention de l’internaute) et ne provenant pas de banques d’images payantes. Si nécessaire, je demande aux auteurs ou aux détenteurs de la photo que j’ai sélectionnée l’autorisation de l’utiliser et les mentions à indiquer (crédit photo). Les chroniques sont semblables aux pages d’un abécédaire dont la première illustration est toujours un original réalisé par un excellent dessinateur (mon frère) qui vit en Espagne ! La qualité du texte va de pair avec celle des visuels réalisés. Bon à lire et beau à regarder !

U pour uniforme, chronique du 7-4-16

U pour uniforme, chronique du 7-4-16

Le thème de la première série alphabétique est un voyage au travers de mots se référant aux vêtements et accessoires vestimentaires. Le choix des termes présentés est une sorte de coup de cœur pour leur saveur exotique, leur sonorité particulière ou l’originalité du concept affleurant sous le mot. L’intérêt de l’abécédaire réside dans le fait que de multiples thématiques peuvent être traitées sur le même modèle. Cela peut devenir une véritable collection — la collection Abécédaire insolite — dont chaque thème ferait l’objet d’un livre, électronique et imprimé, en y intégrant quelques autres surprises de mon cru… mais chut, c’est un secret ! Bienvenue aux éditeurs qui liront ce profil de French Planète ! 🙂

Qu’est-ce qui vous manque le plus et le moins de France ?

Ce qui me manque de France (et d’Europe)

Les vieilles pierres et le patrimoine architectural ; le pittoresque des villes et villages, pouvoir faire mes courses à pied, grâce à la proximité des commerces, même dans des petits bourgs (au Canada, le tout-en-voiture très nord-américain domine) ; la réceptivité des gens aux notions d’écologie, de gaspillage et d’économie d’énergie.

Ce que je ne regrette pas de France

Le sentiment d’insécurité, l’impatience des citadins et le manque de courtoisie des gens (dans une queue, au volant, etc.), une certaine agressivité en ville.

Quels sont les bons plans de votre ville ?

À Saint-Jérôme, où je réside :

  • Une excellente boulangerie française tenue par un boulanger dynamique et plein d’idées : deux gars dans l’pétrin (ses croissants, un délice ; sa baguette à la levure de bière, un régal ; et son capucin, pas catholique tellement il est bon !).
  • Un studio de yoga géré et animé par deux jeunes-femmes éminemment sympathiques et dévouées à leur communauté : Studio Yoga+ (mon équilibre passe par là et mon inspiration se dépasse, grâce à une pratique régulière au studio).
  • Un bar santé plaisir cogéré par deux professeures de yoga (à Prévost, petite ville voisine), Thé Smooth (des thés chai et autres excellents, des smoothies aux saveurs et couleurs plus vraies que nature, une oasis de gentillesse).

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