Interview de Béline à Ithaka (aux Etats-Unis)

  • Nolwenn
  • Category Actualités, Amériques, Amériques, Interviews
  • Peux-tu te présenter ?

Mon nom est Béline Falzon, je suis allée à Sciences-Po pour mon Bachelor et Master. J’étais en double diplôme avec la Sorbonne, Paris IV en Lettres et ai fait une 3A en Boston. J’ai fait le Master de marketing de Sciences-Po. J’ai fait mon stage de fin de master à Paris Envouthé (box de thé). Mon diplôme en poche, je suis retournée aux Etats-Unis.

  • Pourquoi avoir choisi les Etats-Unis ?

Je suis aux Etats-Unis depuis 4 ans parce que mon mari est aux Etats-Unis et finit son doctorat.

  • A quelles difficultés principalement as-tu été initialement confrontée ? En amont de ton départ? Une fois sur place ? Difficultés administratives ( visa, compte bancaire..)

Au début, j’étais avec un visa étudiant. Tu as le droit d’avoir un visa stagiaire jusqu’à un an après la date de ton diplôme. Nous nous sommes mariés donc j’ai eu la carte verte. Niveau immigration, ce n’était pas si compliqué pour moi. C’est toujours pénible de remplir de la paperasse et d’aller au centre d’immigration, à plusieurs heures de route. Ils nous ont pas vraiment posé de questions difficiles.

  • Comment as-tu fait pour trouver un emploi, te constituer un réseau professionnel et d’amis ?

Je suis dans une petite ville : Ithaka, ville universitaire. Au début, j’ai un peu galéré même si la carte verte me permet de bosser où je veux. Pendant un ou deux ans, j’étais chocolatière dans un magasin du centre. Le salaire minimum aux USA est très bas. Toute seule, j’aurais été incapable de me payer un appart par exemple. Au final, j’ai postulé pour un job à l’université locale, Cornell, là où je travaille maintenant ( je suis dans l’organisation d’évènements dans la formation continue). Le salaire correspond bien mieux à mon niveau d’éducation, privilèges sociaux (retraite, assurance santé) sont plus satisfaisants. Si tu bosses dans une petite entreprise ou magasin, ils ne sont pas obligés de te fournir un plan retraite ni assurance santé. Des gens n’ont rien du tout même si toute leur vie, ils ont bossé comme caissier dans un supermarché. Beaucoup de gens sont assez endettés parce que aller à l’université est coûteux. Dès qu’ils entrent dans la vie active, ils doivent rembourser et/ou emprunter pour une voiture, maison. Beaucoup de choses fonctionnent sur un système de crédits. Tu es obligé de recourir à l’emprunt pour des dépenses qui pour d’autres ne sont pas un problème.

  • As-tu eu accès et bénéficié de suffisamment d’informations pour ton départ ?

Oui, j’avais un peu cherché en ligne sur le site du gouvernement français comment déclarer que t’es expat, ce genre de choses. Puisque j’habite une petite ville, je suis assez peu reliée avec la communauté des expats. La plupart des évènements organisés sont à 4h de route de New York City. Je ne vais pas aller voter aux européennes par exemple : c’est à 3h30 de route.

  • Comment est le marché du travail américain ? Est-ce facile pour un français de trouver un emploi sur place ou bien conseillerais-tu d’en chercher un depuis la France avant de partir ?

Il faut chercher avant de partir. Beaucoup d’employeurs ne sponsorisent pas de visa à l’immigration. Moi, je n’ai pas eu ce problème là mais c’est difficile de trouver un emploi sur place. J’ai fait pendant deux ans des petits jobs avant de trouver une position stable à temps plein avec un salaire correct. Mon conseil serait même de faire un stage d’abord voir si ça plaît de bosser aux Etats-Unis, l’atmosphère. C’est un très grand pays et il y a des endroits plus sympas à vivre que d’autres. Les vacances aux Etats-Unis, c’est assez difficile. Là, j’accumule un demi jour de congés payés par mois. J’ai deux semaines de vacances par an en gros.

  • Etait-ce facile de s’intégrer dans le pays ?

Oui, relativement pour deux raisons. Mon mari avait déjà un groupe d’amis. Quand je suis arrivée, j’ai été intégrée à ce groupe. Aux Etats-Unis je fais aussi partie d’une asso qui s’appelle le Ithaca Generator. Tu paies chaque mois une adhésion et, en échange, tu as accès à plein d’outils (travail du bois, métal, laser pour graver et couper le bois). J’ai rencontré pas mal de gens au sein de cette communauté. Cela fait trois ans que je fais partie de cette association. Maintenant je vends ce que je fabrique en bois : à des amis aux US ou en France et après je fais de la vente sur des marchés d’art et artisanat, surtout à Noël. Je fais aussi de la vente en gros. www.iteku.shop

C’est comme ça que j’ai connu des gens localement mais tu peux être assez isolé sinon, surtout si tu bosses 40h par semaine (durée légale du temps plein aux USA). Je connais des gens qui bossent 60h par semaine parce qu’ils sont caissiers en journée et serveurs le soir. C’est pour ça que je recommande de chercher du boulot depuis la France et prendre ses précautions. Je crois que les gens se font une idée des Etats-Unis qui n’est pas forcément la bonne et la vie peut être très précaire. J’ai de la chance car mon mari en tant que doctorant recevait un salaire. Mais, les deux premières années, je faisais souvent du consulting en marketing en plus de mon temps plein.

  • Quel(s) conseil(s) éventuel(s) donnerais-tu à un(e) français(e) désireux(se) de s’expatrier ?

De ne pas se faire de plans sur la comète. De chercher du boulot depuis la France, surtout si tu n’as pas de visa travail, c’est quasi impossible de trouver du boulot.

  • Te souviens-tu, lors de ton premier séjour, de ce qui t’avait profondément marqué / choqué / étonné / agréablement surpris ou non ?

Agréablement surpris : la notion d’espace, la façon dont les villes sont construites, même celles piétonnes. C’est assez agréable. Boston et Ithaka sont des villes assez étudiantes et il y a très peu de fumeurs. C’est le nombre de gens qui fument qui me choque en France.

Le  manque de mixité sociale est choquant. Les gens vivent très peu dans des quartiers mixtes. A l’université, les seuls non blancs sont des étudiants étrangers riches. C’est une mixité de gens riches, de couleurs, beaucoup d’asiatiques dans les universités. Les seuls gens que je vois de la mixité c’est quand je prends le bus le matin, les gens qui vont faire le ménage. Quand tu te balades dans la rue, c’est un peu quartier séparé. Ithaka est différent du reste de la partie nord de l’Etat de NY, parce que c’est une ville très libérale dans un Etat très à droite. Ce n’est pas rare que quelqu’un te dise ” la première fois que j’ai vu un noir, c’est quand j’ai été faire mes études à l’université”.

Ils font un peu d’affirmative action (discrimination positive). Le président actuel n’est pas trop pour. C’est éteindre un feu avec une goutte d’eau. Le racisme est très ancré, présent.

Sur tous les Etats-Unis, ça s’améliore. A Ithaka, les gens sont tolérants. Niveau économique, il n’y a pas d’activité ou très peu : si tu conduis une heure pour sortir de la ville, les gens ont des drapeaux confédérés sur leur maison.

  • As-tu quelques anecdotes en tête sur ce qui est à faire/ ne pas faire et peut être mal interprété par un non initié aux coutumes locales ?

Le salaire minimum dans la restauration est la moitié du salaire minimum. Si tu ne leur donnes pas de pourboire, ils ne mangent pas. La majorité de leur revenu réside là-dedans.

La plupart des gens n’abordent pas de sujets sensibles, pas avant que tu les connaisses bien. Le classique, on ne parle ni religion, ni salaire, ni politique. En gros, la première fois, tu peux parler du temps, de ton boulot (aux Etats-Unis, tu es plus défini qu’en France par ce que tu fais). Pour former des amitiés proches, cela nécessite pas mal d’efforts. Les gens sont très amicaux, c’est très facile d’avoir des connaissances, des gens avec qui tu peux boire un verre ou aller au cinéma, mais pour avoir une amitié solide, c’est plus difficile. C’est lié au fait que les gens bougent beaucoup physiquement, quand ils sont suffisamment instruits.

  • Et, si c’était à refaire ? Recommanderais-tu l’aventure ?

Oui, c’est sûr, je le referais. C’est toujours super de se confronter à d’autres gens, d’autres cultures. Ce qui est essentiel est de conserver son esprit critique et savoir que cela ne va pas être forcément facile et super tout du long. C’est pareil pour tout, même si tu déménages dans une nouvelle ville en France. il ne faut pas trop rêver et se dire que cela va être facile tous les jours.

  • Quels sont les avantages de l’expatriation ?

Découvrir un autre pays, une autre façon d’être. Niveau opportunités, c’est assez équivalent. Il faut trouver le secteur où tu es bon.

  • Vois-tu d’autres éléments à ajouter/ à savoir pour de futurs expatriés ou leur donner envie de se lancer ?

Pas vraiment. C’est une aventure qui vaut le coup mais demande de la préparation. Encore une fois, j’ai bénéficié du fait que j’avais déjà mon mari aux Etats Unis donc j’avais déjà des gens comme support mental et financier. Se lancer seul est probablement plus éprouvant à ce niveau-là.

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