Interview de Claude, président d’une association de solidarité pour les Français au Burkina

  • Anne-Claire
  • Category Afrique, Interviews, Non classé

Vous êtes président de l’Association France Solidarité (AFS), pouvez-nous expliquer le rôle de cette association ?

A l’étranger, les communautés françaises s’organisent pour apporter leur soutien aux compatriotes en difficulté. Au Burkina Faso, l’AFS a été créée en 1997. Elle a pour but de venir en aide aux ressortissants français, à leurs conjoint et enfants, en situation matérielle ou morale difficile. Nous travaillons en étroite collaboration avec le service social du consulat mais nous ne dépendons pas de ce service, notre fonctionnement reste autonome.

Basés à Ouagadougou, nous avons ouvert une seconde antenne à Bobo Dioulasso (deuxième ville du pays et capitale économique).

Nous bénéficions d’une subvention du ministère des Affaires étrangères et nous devons fournir au consulat l’ensemble des informations sur les actions menées grâce à la subvention perçue.

Quelles actions menez-vous pour aider ces Français ?

Notre aide peut prendre des formes d’assistance différentes : financière, matérielle, administrative ou morale.

L’année dernière, nous avons pu aider une trentaine de Français de tous âges. Je vais vous donner quelques exemples pour rendre notre action plus concrète :

  • Nous avons aidé deux adolescents abandonnés par leur père depuis plusieurs années et dont la mère venait d’être incarcérée suite à des démêlés juridico-financiers. Les enfants, scolarisés au Lycée Français Saint-Exupéry, s’étaient alors retrouvés livrés à eux-mêmes. Nous les avons alors suivis pendant plusieurs mois et nous sommes fiers de pouvoir dire que l’aîné a obtenu son bac et a pu intégrer une université à Lyon grâce à une bourse d’étude. Son frère cadet est en terminale cette année et leur mère a été libérée.
  • A plusieurs reprises, nous avons été amenés à secourir des personnes qui, suite à des incidents de la vie se retrouvaient avec des retards de loyers ou des factures d’énergie ou d’eau impayées. Nous avons également fourni des aides alimentaires ou encore financé des visites médicales et/ou des médicaments.
  • Nous avons aussi acheté le billet d’avion d’un enfant pour aider une famille franco-burkinabé à rentrer en France. Ce retour étant nécessaire en raison de l’état de santé du père.
  • Au niveau administratif, nous accompagnons les Français en difficulté dans leurs démarches.

Nous avons aidé plusieurs retraités qui avaient vu le versement de leur retraite suspendu du fait des délais d’acheminement du courrier pour l’envoi de leur certificat d’existence. Nous les avons alors accompagnés pour faire le nécessaire pour un retour à la normale.

Dans un autre cas, nous avons aidé une personne à mobilité à réduite à obtenir une pension à laquelle elle avait droit.

Nos actions sont très diverses et, comme vous pouvez le voir,  vraiment au cas par cas.

 

Comment financez-vous ces actions ?

Nous recevons une subvention du ministère des Affaires étrangères. Pour l’exercice en cours, cette subvention a été de 4000€ (soit 2 624 000 Francs CFA). A cette somme, s’ajoutent les cotisations de nos adhérents soit environ 300 000 Francs CFA.  Le montant total n’est pas énorme, mais il nous permet tout de même de venir en aide à un certain nombre de Français chaque année

Il faut noter que les aides que nous apportons n’ont pas vocation à être pérennes. Lorsque nous apportons une aide financière, nous précisons bien aux bénéficiaires qu’elle est ponctuelle et qu’ils doivent faire le nécessaire pour rétablir leur situation. Malgré cela, il y a des cas où nous ré-intervenons tout de même surtout quand il y a des enfants.

Notre structure fonctionne uniquement grâce à des bénévoles dont les 8 membres du bureau, ce qui nous permet de consacrer la totalité de notre budget aux personnes dans le besoin.

 

Quels sont les projets en cours pour l’AFS ?

Nous sommes très impliqués sur le phénomène des enfants abandonnés. En effet, certains Français venant au Burkina Faso rencontrent ici une femme burkinabé avec laquelle ils ont un ou des enfants. Il arrive souvent qu’ils quittent le pays après quelques temps laissant leur famille derrière eux. Si le père les a reconnus, les enfants ont alors la double nationalité.

Si la séparation des parents a eu lieu avant le départ du père et qu’une action en justice a été menée aboutissant au versement d’une pension alimentaire par le père, alors la mère pourrait rechercher le père pour obtenir un recouvrement des pensions alimentaires.  Il existe aujourd’hui des moyens de « traçage » efficace, toutefois, ce sont des procédures longues et coûteuses et bien souvent hors de portée des femmes burkinabés. Ces familles se retrouvent alors dans des situations compliquées. Cela arrive encore trop souvent.

Le député sortant de la 9ème circonscription , Pouria AMIRSHAHI , après notre dernière rencontre, a adressé à tous les conseillers consulaires de par le monde  un questionnaire élaboré par l’AFS pour évaluer l’ampleur du phénomène et créer une base de données suffisamment importante pour demander au MAE qu’un service entièrement dévolu au recouvrement des créances alimentaires soit constitué pour permettre l’établissement et la mise en œuvre d’une procédure simple et efficace telle que celle à la disposition des mamans et des enfants vivant en France

L’AFS va gérer les retours de questionnaires et  nous ne manquerons pas d’informer notre nouveau député dès qu’il aura été élu pour qu’à son tour il nous apporte son aide. Ce problème est pour nous quelque chose de très important et nous mettrons tout en œuvre pour faire en sorte que notre point de vue aboutisse pour redonner à ces enfants français nés à l’étranger leur dignité et un avenir plus souriant

L’AFS est en charge du retour des questionnaires et en fera une analyse. Le document sera transmis au nouveau député.

Nous sommes décidés à aller jusqu’au bout des possibilités pour faire aboutir ce dossier et redonner à ces enfants français abandonnés leur dignité et un avenir meilleur. Ce sera long mais nous ne lâcherons pas !

 

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.